ça y est, notre "bébé" est parti samedi 4 juillet... Enfin, quand je dis bébé, c'est lui :
(
Mais nan, celui de droite, le grand machin en tôle, peint en blanc.)
C'est toujours pareil : on passe plus d'un an avec une équipe, des chefs, des armateurs (nos clients) -
oui, ils sont là dès le début de la construction - , des co-réalisateurs, sur un
paquebot qui commence sa vie, après le stade papier, en parties de tôles qu'on assemble et qui part de chez nous tout propre, tout beau, tout clinquant.
C'est aussi une formidable aventure humaine. Déjà on est à 15 dans un petit bureau, et, à bord, on voit des centaines - je ne me rends pas compte - de personnes par jour (non je n'exagère
pas, c'est une vraie fourmilière ). Y a intérêt à être sociable, un minimum...
On est clients de certaines personnes, et d'autres sont nos clients. On travaille tous ensemble. Y a des cons, des pas sympas, des marrants, des sérieux, des fragiles, des lourds, des merveilleux,
des qui se la jouent perso, des qui proposent toujours de t'aider. On a des affinités, ou pas. On garde contact, on se voit à l'extérieur, ou pas.
Et puis, ce paquebot, on a l'impression qu'il est à nous, - on s'y attache à ces bêtes-là - parce que c'est nous qui l'avons fait, on a tous mis notre pierre à l'édifice, et, le jour de la
livraison, on est presque en trop. Nos clients nous apparaissent en uniforme, l'équipage occupe les lieux. Pour nous, il est temps de nous retirer.
Le dernier jour, les passagers arrivent. Et puis, il s'en va. On a tous un pincement au coeur.
2 jours après, on doit tourner la page : toutes nos équipes sont splittées, certains vont sur d'autres bateaux, d'autres sont casés ailleurs, les intérimaires rentrent chez eux.
Et moi, j'enchaine sur un nouveau bateau, dans une nouvelle équipe, avec des nouveaux clients, des nouveaux chefs, des nouveaux co-réalisateurs. Un bateau au stade "poussière-tôle-bruit".
Qui partira tout beau tout neuf, l'année prochaine.
Etc...